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JARDINS SECRETS A SOMMIERES – Site de Sommières et Son Histoire

CH. TRANNOY

Naissance d’un jardin

L’idée selon laquelle le jardin est un lieu naturel modifié par l’intervention de l’homme à des fins esthétiques naît du concept de la propriété privée des biens naturels et de la conviction que le beau naturel peut être dompté, perfectionné par l’action humaine. D’une certaine manière, le jardin est toujours double : son organisation est inséparable, soit de considération d’ordre utilitaire, soit de subtiles motivations d’ordre idéal. Le jardin peut être regardé tour à tour comme le plus haut sommet de la culture agraire, ou alors comme le lieu privilégié d’une évasion oisive visible bien loin du tumulte de la cité. Le jardin est donc aussi, en même temps, intime et collectif. C’est le lieu toujours ambigu où l’homme a conjugué nature et culture, projet et plaisir travail et jouissance, bref le rêve est devenu réalité. Dans le même temps, le jardin est le lieu d’une intériorité exhibée au dehors d’une médiation à ciel ouvert, du secret révélé à celui qui le mérite. «  Tout ce qu’il y a d’étrange dans l’homme réside dans le fait qu’il y a en lui à la fois du vagabond et de l’égaré, ce qui pourrait se résumer dans les deuxsyllabes du mot jardin  ». (Louis Aragon)

L’art des jardins correspond à l’une des formes les plus éphémères de la création humaine. Soumis à toutes les intempéries, à tous les changements de propriétés.

Le jardin, manifestation supérieure de la création humaine, a, au cours du temps et à travers l’espace, toujours cherché à combiner harmonieusement les formes les plus subtiles élaborées par la nature, parfois infléchies par la main de l’homme, et les artefacts les plus raffinés. La nostalgie de l’éden a inspiré semble-t-il aux « jardiniers » une tension toujours renouvelée vers une certaine idée de la perfection. De nos jours, les archéologues se perdent dans des probabilités pour proposer des restitutions des fameux jardins suspendus de Babylone, une des sept merveilles du monde, créée il y a plus de 2500 ans… sans doute, un étagement de terrasses monumentales croulant de verdure, espace privilégié dévolu au murmure des eaux courantes et aux chants d’oiseaux, sous le plus implacable des climats…ainsi, à l’orée mythique de l’histoire d’un art trop souvent méconnu, l’architecture fournit déjà le cadre, le support, la structure du jardin. Bien rares seront, d’ailleurs, les jardins dissociés, soit du temple, demeure du dieu, soit de la maison, demeure de l’homme…

Le jardin secret

A l’origine, le monde clos et exigu du jardin secret appartient paradoxalement à une époque de grande effervescence : voyages d’études, impressions typographiques investigations optiques et astronomiques repoussant les frontières entre continents et civilisations, l’infiniment grand et l’infiniment petit, visible et invisible.

Le jardin secret dont les dimensions et le dessin relèvent de l’hortus conclusus médiéval, enferme cependant dans ce clos, des morceaux de terres étrangères. Dans ce petit espace aux formes simples et discrètes, paradoxalement, le «  monde  » a fait souche. Ce ne sont plus seulement les plantes indigènes qui occupent le terrain mais des végétaux nés dans des contrées lointaines. La base du Giardino Secreto repose sur une surface plane divisée en plates-bandes, souvent au nombre de quatre, occupant en son centre un élément architectural tel une petite fontaine, parfois entourée de treilles, ou traversée par des tonnelles. Identique à lui-même quelle que soient les demeures, les régions qui les abritent ne se singularisant par aucune originalité, pourtant il se remarque au contraire, par la répétition et la rigidité de sa forme, la petitesse de ses dimensions, la présence de ses remparts qui semblent le protéger de l’histoire, du temps et de l’espace qui l’entoure. Il est d’une autre époque, un anachronisme.

Le jardin secret accueille des fleurs jamais vues, parfois jamais nommées, réunit une collection de pièces exotiques, renoue avec un savoir : celui de l’histoire naturelle des plantes, il inaugure une nouvelle espèce de jardin qui présente à la fois les traits des jardins médicinaux et ceux des futurs jardins botaniques. Il est entre deux mondes, il abrite les traditionnelles herbes curatives et en enferme entre ses murs de multiples échantillons prélevés sur le monde. Il protège les vertus secrètes des plantes, offre l’hospitalité aux fleurs, arbustes, arbres. Il cumule les définitions et les fonctions : jardin d’apothicaire et herbier, jardin de plaisir et de savoir, jardin de contemplation et d’expérimentation. Il est ouvert à toutes les richesses du monde.

Il est par contre inclus dans le rayon d’influence de la maison. Il s’apparente plutôt à une pièce rajoutée, il se greffe à la maison, s’inscrit dans sa dépendance sinon dans son plan. Dans la mouvance de la maison, le jardin secret appartient à l’univers proche du prince des lieux ; ce jardin doit lui être cher, comme une pensée intérieure en ce lieu se recueillant pour lire, méditer ou collectionner. Le jardin secret se rapproche de la tranquillité des appartements privés. Signe du goût du propriétaire pour les arts et les lettres. Il se ferme au monde extérieur, réservant ses charmes discrets au seul œil de son maître et parfois de ses convives.

Abrité des regards indiscrets comme des vents, retenant tout ce qui sort de terre : parfums, chaleur, fraîcheur, ne respirant bien qu’avec le ciel. Ce jardin a l’échelle des parterres qui le quadrillent est animé du seul mouvement perpétuel des astres, à ce mouvement circulaire, le plus proche de l’immobilité, participent les plantations d’arbustes à feuilles persistantes et d’herbes parfumées.

Ce jardin est le lieu des plaisirs visuels et olfactifs qu’il offre, pour la méditation à laquelle il invite.

L’hôtel de l’Orange

Tel une villa Italienne du XVIIe siècle bâtie sur le flanc d’une colline, l’hôtel de l’Orange déploie ses deux jardins secrets situés en face des appartements à l’origine privés, tandis que la façade principale, rue des Baumes, est orientée à l’ouest face à l’église. L’étage noble est composé de deux appartements d’été au nord, d’hiver au sud. Tout deux répartis de part et d’autre de l’escalier central. Le jardin nord d’été, divisé en quatre parterres est planté de fleurs, bordé de petites haies de buis et de quelques arbres. Tout près, un puits creusé dans le rocher alimente une petite fontaine. Au fond l’on peut apercevoir une petite orangerie aujourd’hui déplacée et devenue parking. L’autre jardin secret d’hiver est également divisé en carrés comme le précédent. Au fond un curieux petit temple ouvert permet d’accéder à deux petites pièces situées de part et d’autre de celui-ci, sorte de boudoir probablement réservé au maîtres des lieux.

La présence de deux jardins secrets, ainsi que la symétrie qui en règle la disposition, dénotent une esthétique affirmée, soulignant l’originalité de ce lieu rare et unique dans notre région.

La Vignasse



C’est à l’issue d’une vente après la Révolution, d’une partie des remparts de la ville, que le jardin de la Vignasse voit le jour au XIXe siècle. Utilisant l’enceinte imposante des fortifications comme limite, le jardin est ainsi «  naturellement  » protégé de toutes agressions extérieures. Ce jardin secret composé d’une multitude d’espaces rassemble l’utile à l’agréable, car d’après les dessins du plan, on pouvait y trouver un potager très structuré, composé de parterres symétriques et réguliers, tout près peut-être une petite vigne, attenant un petit jardin formant un parcours sinueux, menant au pied d’une grotte ou plutôt une sorte de garde-manger situé sous la petite colline permettant par fortes chaleurs de conserver les denrées.

Plus loin, une allée sûrement plantée d’arbres fruitiers, conduisait au fond du jardin d’où un petit chemin transportait le promeneur au belvédère, tout en longeant les bassins qui permettaient de recueillir les eaux pluviales provenant de la petite colline.

Le Cart



Derrière la façade du N° 31 rue Emilien Dumas se cache un jardin secret remarquable et discret. Doté d’un double escalier datant du XVIIIe siècle, un reste d’enduit ocre orangé, un paysage en cascades planté d’immenses pins maritimes, de cyprès centenaires…noyés dans une végétation abondante : la scène pourrait se passer en Italie. Rares sont ces tableaux, ces clichés reflétant une telle qualité.

Situé sur le flanc de la colline nommée Coustourelle, la première partie du jardin se compose d’une pièce d’eau placée en son centre autour de laquelle quatre plates-bandes divisent symétriquement ce petit espace. Côté ouest la demeure sépare la ville et son foisonnement de bruits du jardin où règnent calme et volupté. Au nord l’orangerie accolée au temple protège le lieu des éventuels vents froids et violents. Au sud un simple mur est là pour protéger le jardin des habitations avoisinantes. Et là devant nous, au pied de la colline, une échappée, formée d’un double escalier, permet au promeneur de grimper le long d’un parcours parsemé d’éléments tels que fontaines, bassins, bancs et grottes qui disparaissent au fur et à mesure de l’ascension, permettant de passer d’un monde construit, structuré vers un autre monde celui-ci «  sauvage  » offrant de là-haut un œil sur le nouveau monde.

La Violette



Ce jardin crée au XIXe siècle par un riche industriel se développe autour de l’aile sud de la bâtisse. L’entrée, située au fond de la cour, est marquée par deux piliers en pierres et un portail supportant une magnifique glycine dégageant un agréable parfum. Après avoir franchi les quelques marches nous voici maintenant à l’intérieur du jardin où le murmure d’un petit ruisseau nous transporte à travers ce lieu, ponctué de petites fabriques et autres éléments architecturaux. Au sud une pièce d’eau reflète les grands arbres non loin, deux amours s’ébattent surplombant un parterre de lierre.

L’enchantement… [

(à suivre)