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Charles de la Pascalie, Seigneur de Martignac – Site de Sommières et Son Histoire

Sommières 17 janvier 1731 : "Messire Pierre de la Pascalie de Martignac Capitaine dans le Régiment de Médoc infanterie, fils de défunt Messire Joseph de la Pascalie et de dame Ursule Deguerny de la ville d’Agen a épousé demoiselle Françoise de Gondin, fille de défunts Messire Louis de Gondin Chevalier Baron de Boisseron et de Dame Gabrielle de Roche de cette ville."

De cette union devait naître leur fils Charles.

"Le trentième jour du mois de juin Charles de Pascalis fils légitime et naturel de messire Pierre de Pascalis Sieur de Martignac capitaine au régiment de Médoc infanterie et de dame Françoise Gondin a esté baptisé né le 26 de ce mois. Son parrain a esté messire Charles de Pascalie son oncle absent, monseigneur de Gondin son oncle l’ayant tenu à sa place. Sa marraine dame Madeleine Danout veuve de Mr Martin avocat au parlement de Paris. Les parties signées.Sa grand tante Martignac, Danout de Martin, Boisseron, Fine curé."

Le jeune Charles deviendra un brillant officier, mais sa fin sera tragique. Son dossier qui figure aux Archives de l’Armée de Terre à Vincennes [] nous permet de suivre son parcours à travers les guerres de Louis XV, Louis XVI, et de la Révolution.

La fiche des services nous indique qu’il est né le 26 juillet 1731. Il y a donc une erreur de 1 mois.

Dame Françoise jeune orpheline, avait dû rapidement succomber au charme du beau Capitaine, puisque leur fils viendra au monde 5 mois, 19 jours après leur mariage. (Trois ans plus tard elle sera veuve.)

Il embrasse très jeune la carrière des armes, ce qui est normal pour le fils aîné d’un militaire, orphelin à 3 ans.

Le 17 avril 1744, à l’âge de 14 ans il est nommé Lieutenant au 2ème régiment Royal Roussillon ; le 1er novembre il est Enseigne et le 30 novembre 1745 Lieutenant en premier.

Il participe aux campagnes de 1745, 1746, 1747, 1748 en Flandres. Le 25 octobre 1746 il est Capitaine. En 1756, 1757, 1758, 1759 il combat en Allemagne où il est blessé d’un coup de feu à la jambe à Berghen (1759) . En 1760 il assiste au Canada à la réddition de Montréal, dernière place française. Chevalier de St Louis, le 25 juillet 1762, à 31 ans il obtient le grade d’Aide Major, le 20 avril 1768 celui de Capitaine de Grenadiers, le 26 décembre de la même année celui de Major du Régiment de Touraine ; le 27 juillet 1769 (38 ans) il est élevé au rang de Lieutenant Colonel. "A fait 1768 et 1769 en Corse ; il a eu une belle rencontre en attaquant 800 Corses retranchés, avec sa seule compagnie de grenadiers."

Il est jugé :"très bon officier, fort instruit, a été un Major de distinction, fait pour bien servir partout.".

La politique belliqueuse de Choiseul est rejetée par Louis XV ; plus de campagnes militaires ; plus de nouvelles de Charles. Le 29 septembre 1775 il est cité comme Lieutenant Colonel du régiment du Perche.

Le 5 décembre 1781, le voilà Brigadier d’infanterie et le 9 mars 1788, Maréchal de Camp. Le 12 aôut 1790 il est chargé de la vérification des comptes des régiments ; le 22 mai 1792 il est Lieutenant Général [] employé à l’armée du Haut Rhin sous d’Harambure [].

Le 16 août il commande le camp de Huningue à la place d’Aiguillon [] et le 6 septembre il abandonne son emploi.

Le premier octobre 1779 le roi lui avait octroyé une pension de cinq cents livres sur l’Ordre de St Louis. Signé à Versailles. Louis.

Sa solde était la suivante :

Pension 345 livres

Pension sur St Louis 500 livres

Augmentation 300 livres

Traitement 200 livres

————-

4345 livres. (80034,90 F de 92)

Nous apprenons que son père a été tué à la bataille de Parme (1734 . 19 juin ) [] et qu’à ce titre le 23 may 1766 il a obtenu une pension de 300 livres.

Si Martignac abandonne son poste c’est qu’il est devenu suspect.

Un texte du 23 août 1792 indique pourtant que "M. de Martignac, maintenant employé dans le Haut Rhin, marque aussi le désir de bien servir. Il n’a fait aucune déclaration, ne tient aucuns propos répréhensibles et ne donne, par sa conduite, aucune raison de se méfier de lui.". [

Pourtant, le 26 août, de Huningues, les Commissaires écrivent au Général Biron [] et lui témoignent leur désapprobation de ce qu’il emploie le Lieutenant Général de Martignac dans le département du Haut Rhin. [

Voici la réponse du Général Biron aux commissaires :

"Wissembourg 27 août 1792. Au quartier général à Wissembourg le 27 août 1792, an IV de la Liberté.

Messieurs,

je reçois la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, en date de Huningues le 26 de ce mois. Vous me paraissez désapprouver que j’emploie M. de Martignac dans le Haut Rhin. Permettez-moi messieurs, de vous présenter quelques observations. M. de Martignac est Lieutenant Général employé dans l’armée du Rhin ; il n’a point fait de déclaration, vous ne l’avez pas suspendu de ses fonctions ; je n’ai donc pas le droit de l’interdire ; s’il n’est pas interdit, il doit donc être employé quelque part, et il faut nécessairement que se soit ou à Landau, ou au commandement du camp de Wissembourg, ou à celui de la ville de Strasbourg, ou dans le Haut Rhin. Je ne crois pas avoir besoin de vous expliquer pourquoi j’ai préféré ce dernier parti, puisque si M. de Martignac ne mérite pas votre confiance, il serait plus dangereux de l’employer partout ailleurs dans l’armée du Rhin, son grade de Lieutenant général le mettant en chef dans tous les points depuis le départ de M. Kellermann, excepté dans le Haut Rhin où il sera subordonné à M. d’Harambure, lieutenant général son ancien.

Permettez-moi, Messieurs, de vous observer qu’il devient de la plus importante urgence de faire remplacer immédiatement à Strasbourg les quatre lieutenants-colonels d’artillerie que vous y avez suspendus de leurs fonctions, ou de faire lever cette suspension, car le Décret de l’Assemblée Nationale porte que tout officier suspendu ne doit approcher de 20 lieues de l’Armée où il servait, et aucun officier ne peut être soumis à aucune responsabilité relative à la place de Strasbourg, s’il est privé des secours des officiers instruits de l’artillerie. Les suspension des officiers généraux et de beaucoup d’autres sont ordinairement d’une médiocre importance ; mais celle d’un officier d’artillerie ou du génie qui connait bien une grande place peut avoir les suites les plus funestes.

Daignez donc, Messieurs, joindre vos efforts aux miens, pour obtenir sur-le-champ des remplacements sans lesquels la sûreté de Strasbourg est évidemment compromise." Le Général de l’Armée du Rhin. Biron . [

Les archives de l’Armée de Terre conservent un document dont voici la teneur ; le nom Martignac est écrit en grosse lettres dans la marge.

"Extrait de lettres communiquées par le Général Meunier et dont les originaux sont restés dans son cabinet.(Elles ne sont pas classées par ordre chronologique)

Du 7.7bre, lettre de Martignac à Biron, en rappellant une précédente par laquelle il rendait compte de l’émigration de d’Aaiguillon.

Du 7.7bre, lettre des Amis de la Liberté et de l’Egalité à Biron annonçant l’arrestation d’une voiture d’effets de Martignac dont la visite a prouvé qu’il avait agi comme parti pour des lieux éloignés et pour toujours. Il s’y est trouvé des lettres très inconstitutionnelles et qu’en conséquence on l’a mis chez lui en état d’arrestation.

6.7bre, lettre de l’Adjudant Général Xaintrailles à Biron confirmant les mêmes faits.

6.7bre, lettre de Martignac à Biron annonçant que d’Aiguillon est parti le même jour avec armes et bagages.

5.7bre, Biron à Servan annonçant que bientôt Martignac et d’Aiguillon inspireraient une méfiance générale et ne pourraient plus être employés.

12.7bre, Biron mande que ne pouvant plus compter sur Martignac depuis son arrestation, il lui conseille de se rendre à Paris.

16.7bre, lettre de Biron qui sans accuser réception d’aucun ordre du Ministre combat fortement la destitution de Martignac.

10.7bre, lettre du Ministre à Biron portant que d’Aiguillon ayant tranché la difficulté, il faudrait la trancher pour Martignac.

13.7bre, lettre du Ministre à Biron dont voici les termes : " j’avais bien pensé ne plus compter sur Martignac. Veuillez donc à ne le plus compter dans votre armée."

Du 21, lettre de Servan à Biron qui le remercie d’avoir pris à l’égard de Martignac la voie de mander qu’il vienne rendre compte.

20.7bre, Martignac est à Strasbourg et demande d’aller aux eaux à Nieder Braun, permission qui lui a été donnée en lui répétant qu’il ne peut plus être employé dans l’armée du Rhin."

Martignac profite très certainement de cette autorisation pour filer à l’étranger.

Son dossier contient la dernière pièce suivante :"Attention Martignac. Pour le citoyen d’Hillerin. Extrait d’une lettre du Général Biron de Strasbourg le 20.8bre. Le Lieutenant Général est émigré, il m’a écrit de Basle (Bâle) la lettre la plus bête, la plus insolente et la plus inutile." . La lettre de Biron n’est pas datée.

Charles de Martignac, après quarante huit ans au service de l’armée francaise s’enrôle dans l’armée de Condé.

Louis Joseph de Condé (1736-1818), homme de guerre se distingua pendant la guerre de Sept Ans. Se piquant de libéralisme, il fut un des premiers à refuser la Révolution et émigra, dès la prise de la Bastille, aux Pays-Bas, Turin, Worms. En 1792, lorsque la guerre éclata, il organisa le "Corps de Garde", plus tard "Armée de Condé", pour combattre la France Révolutionnaire.

Cette armée obtint des succès en Alsace (1793), puis jusqu’en 1797. Repliée en Russie après Campoformio (18 octobre 1797), elle disparut en 1801.

Retiré en Angleterre, le Prince abandonna la vie politique ; il rentra en France après la mort de son petit fils le Duc d’Enghien.

Les Condéens "participèrent ainsi à la campagne de 1793, attaquèrent les lignes de Wissembourg et cantonnèrent dans les villages voisins pendant de longues semaines, où, selon un historien du Corps, la pratique du jeu se répandit au point qu’il fallut des démarches personnelles du Prince pour qu’on ne jouât pas aux avant-postes." [10

"Au mois d’octobre l’armée de Condé prit part aux opérations qui amenèrent la prise des positions Républicaines dans des conditions particulièrement difficiles puisque les défenseurs perdirent huit mille hommes tués, et seulement neuf cents prisonniers."

" Les occupants établirent aussitôt de nouvelles autorités civiles dans les villes conquises, mais ne purent s’emparer de Strasbourg dont la possession leur eût été cependant des plus utiles avec la mauvaise saison. Au contraire le premier combat de Bertsheim, qui se termina par une victoire des Condéens, demeurés maître de la position un instant perdue, coûta assez cher, au moins selon l’optique du temps, puisque la cavalerie noble perdit 23 hommes, l’infanterie noble 14, l’artillerie 2 et les troupes soldées 15 hommes soit moins d’un centième de l’effectif." 2. décembre.

Martignac prit part à ce combat ainsi qu’à celui qui eut lieu six jours plus tard et " coûta à l’infanterie noble 13 tués, 5 à l’artillerie, aucun à la cavalerie, mais 80 aux trois régiments soldés. [11]" 8. décembre.

La liste nominative des tués nobles lors de ces deux affaires dites " de Berstheim" nous est connue.

" M. de Martignac, officier général, fut emporté par un boulet près d’un feu de bivouac, quand l’affaire était déjà finie. Il n’eut que le temps d’exprimer le regret de n’avoir pas assez vécu pour voir le rétablissement de la monarchie." [12] Il était maréchal de camp dans l’infanterie noble.

La mort de Martignac est relatée ailleurs de la façon suivante :" Deux lieutenants généraux, Gelb et Martignac furent tués celui-là par un éclat d’obus dans les rangs de l’infanterie noble, celui-ci ( Martignac ) par un coup de canon au bivouac, tandis qu’il s’entretenait avec le Prince de Condé. Gelb avait commandé la province d’Alsace et Martignac les places de Landau et de Huningue." Gelb était âgé de 80 ans. [13

Ainsi périt tristement ce brillant officier.

Nous n’avons pu retrouver son acte de décès, car "les registres d’Etat Civil de Berstheim ont été détruits par faits de guerre en 1870 et 1944 ; ils n’ont pas été reconstitués." [14

Les Archives Municipales de Sommières conservent plusieurs délibérations concernant la maison de "l’Emigré" Martignac. Les conseillers municipaux devant l’exiguïté de la Maison Commune ont décidé de s’y installer. [15

" Sept prairial AN IV (26 mai 1796) : la maison Martignac, lieu de séance de l’administration municipale a été mise en vente. La maison commune qui ne contient qu’une seule pièce peut à peine suffire pour le besoin de l’agent municipal. Les conseillers s’opposent à cette vente…

Quinze messidor AN IV (3 juillet 1796) : nouvelle demande pour conserver la maison Martignac pour servir à la tenue des séances, tribunal de police, dépôt des archives, divers bureaux de l’administration, archives du Juge de Paix.

Treize fructidor AN IV (30 août 1796) : lettre du citoyen Etienne Aubanel, cessionnaire du citoyen Massot de Nîmes adjudicataire de la maison ayant appartenu à l’émigré Martignac, (qui désire prendre possession de son bien).

Dix huit vendémiaire AN V (9 octobre 1796) : le Département ordonne de "vuider" la maison dans les trois jours.

Vingt trois brumaire AN V (13 novembre 1796) : la maison Martignac, émigré, adjugée à Massot de Nîmes a été cédée à Aubanel-Cadel.

On envoie Gontier et Combes voir la situation de l’ancienne Maison Commune ; il y a un besoin urgent de réparations,ainsi que d’une salle et des prisons dans le bas."

Nous pensons que la dite maison était située dans le pâté formé par la Place de la République, la rue E. Dumas, la rue colonel Vialla, la chapelle du Pensionnat Maintenon.

Nos conseillers avaient du goût !