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Les archers dans l’antiquité

J.P. DESAUNAY

dimanche 17 février 2008

L’arc, arme de jet portative représentée par des gravures rupestres, remonte à plusieurs dizaines de milliers d’années. Depuis l’antiquité la plus reculée elle a toujours été utilisée pour la chasse ou la guerre par toutes les civilisations.

Les archers, dans l’Antiquité, ont joué un rôle primordial dans les combats. Connue depuis le IVe millénaire dans l’Egypte antique, l’infanterie légère, composée d’archers, est sans doute la plus vieille des armes tactiques.

En Mésopotamie, durant le règne des rois Akkadiens, les archers [1] ont été le pilier de leurs conquêtes puisque ils composaient presque uniquement l’armée. A la fin du IIIe millénaire à Sumer on demandait aux archers de la ville d’Our [2] de prêter le serment militaire. [3]

Dès le IIe millénaire avant notre ère, le char utilisé par l’Egypte, la Chine, Mycène et la Grèce était l’élément le plus puissant. Au Moyen Orient, le char de combat fut sans doute introduit par les indo-aryens. Un traité de dressage et d’élevage des chevaux, écrit en hittite par un dénommé Kikkouli, prouve qu’il était utilisé par l’armée hittite ainsi que pour les transports ; on utilisait l’âne et le mulet particulièrement dans les montagnes.

En tactique militaire les Hittites étaient largement supérieurs à tous les autres peuples dont le char était tiré par deux, trois ou quatre chevaux et transportait généralement deux ou trois hommes, le charrier, l’archer et le porteur de bouclier dont le rôle était de protéger les deux autres. Plus tard, la charrerie lourde, qui prendra tout son essor sous le règne de Assour-Bani-Apal, transportera un homme supplémentaire. Derrière suivaient l’infanterie qui utilisait les arcs, les frondes et soldats, armés de glaives et de lances.

Sous le règne de Ramsès II [4] (1301 - 1235), la bataille de Kadesch (vers 1290), au nord de la Syrie, opposa les Egyptiens aux Hittites. Ce fut une bataille où la charrerie égyptienne, armée du charrier avec son bouclier et de l’archer, mit en déroute la charrerie hittite plus lourde, car armée de trois hommes : le conducteur, le porte bouclier et le lanceur de javelots.

Voici quelques passages du récit de cette bataille où l’auteur anonyme (B) n’hésite pas à faire passer le pharaon Ramsès II pour un homme dieu : "Il est un des archers sans pareil, plus fort que des centaines de milliers réunis."

Toujours sous la plume de l’auteur, Ramsès dit : "Je lance des flèches de la main droite, j’empoigne de la gauche. Je suis comme Sutekh  [5] en son heure devant eux. Soudain je m’apeçois que les deux mille cinq cents chars au mi¬lieu desquels j’étais, gisent renversés devant mes chevaux ; aucun, parmi eux, n’a trouvé d’aide pour combattre, et leurs coeurs en leurs corps ont faibli, à cause de la crainte que j’inspire. Leurs bras défaillent, ils ne savent même plus tirer à l’arc et ils ne trouvent pas la force pour se saisir de leurs lances... Lorsque j’attaquais des millions d’entre eux, leurs jambes perdaient de leur fermeté et ils s’enfuyaient ; ceux qui tiraient dans ma direction, leurs flèches s’éparpillaient quand elles s’approchaient de moi... Car ce sont eux que j’ai trouvés (mes deux grands coursiers) lorsque j’étais au milieu des ennemis ainsi que mon charrier Menna mon porteur de bouclier et les serviteurs du palais qui étaient à son côté"

Le hittite Hattousil III (1275 - 1250) appelé "Conducteur d’âne", terme qui désignait un militaire subalterne n’hésitait pas, lors des conflits avec les Assyriens, à grossir les effectifs de l’armée ennemie et à vanter leur courage pour se faire valoir : "Il arriva que l’ennemi tenta une sortie de la ville de Pishura ... Sa cavalerie comprennait huit cents chars de combat : quant aux fantassins, ils étaient innombrables. Mais mon frère Muwatallu m’envoya à leur rencontre à la tête de guerriers montés sur cent vingts chars. En revanche, je n’avais avec moi aucun fantassin. Là également Ishtar, ma déesse, se tint à mes côtés et je vainquis l’ennemi par ma propre force."

Les querelles de succession, l’avènement en Assyrie de Salmanassar Ier et la perte du Mitanni [6] mirent en péril le royaume hittite et incitèrent Hattousil III à passer un traité d’alliance avec les Egyptiens (1269), ce qui n’empêcha pas la ruine de l’empire, à sa mort.

Dans la seconde moitié du deuxième millénaire en Phénicie il est question dans un texte des archives d’état d’Ugarit (C) de la "troupe des archers" de la ville d’Ardat.

Ramsès III, durant son règne (1198 - 1166) disposera dans son infanterie légère des archers entraînés au tir en ligne [7] .

Durant tout le deuxième empire en Assyrie, l’infanterie était presque en totalité composée d’archers, de frondeurs, ainsi que d’une cavalerie comprenant une grande partie d’archers.

Il existait trois types d’archers à pieds :

- L’archer léger, à l’avant-garde de l’attaque, très mobile, habillé d’une jupe courte jusqu’aux cuisses et armé uniquement de son arc, d’un carquois et de ses flèches.
- L’archer moyen, vêtu d’une cotte de maille, qui le protégeait du cou aux hanches, d’une jupe qui descendait jusqu’aux genoux, d’un casque métallique pointu, armé de son arc, d’un carquois et de ses flèches. Un valet le protégeait d’un bouclier et d’une lance.
- L’archer lourd, coiffé d’un casque métallique pointu, muni d’une cotte de maille et d’une jupe qui descendait jusqu’aux pieds, armé de son arc, du carquois et de ses flèches, il diposait d’un sabre supplémentaire et était protégé par deux valets.

Les archers montés possédaient des chevaux dont le harnachement se composait d’un mors et d’une bride très courte qui reposait sur l’encolure du cheval de sorte à avoir les mains libres pour le tir ; pas d’étrier mais une couverture ou un tapis en guise de selle.

Sous le règne de Salmanasar III (858 - 824) les archers montés marchaient aux côtés des chars, ce qui se fera également plus tard en Grèce, à Rome et chez les Barbares de l’ouest. Le char assyrien transportait trois hommes, le charrier et son bouclier, l’archer, et le "hanigalbatéen" [8] ou porteur de bouclier, et de chaque côté à l’extérieur du caisson du char, deux carquois entrecroisés avec leurs flèches.

Sous le règne de Sargon II (722 - 705) la contribution militaire était obligatoire pour les fiefs et les villes ; elle s’étendait sur tout l’empire. Celles du Bit- Yakin en Babylonie était de cent cinquante chars, mille cinq cents cavaliers, vingt mille archers et mille lanciers.

En Perse, au deuxième millénaire, les Kassites d’origine asiatiques amenèrent avec eux le cheval et le char de guerre. L’archer à cheval avait plus d’importance que le charrier .

Dans l’empire Mède, sous le règne du roi Cyaxare [9] (633 - 584), la ca¬valerie utilisait la tactique médo-perse en tirant à l’arc en chargeant.

Sous Darius I [10] roi des Perses (521 - 486), le succès des armées provenait de la supériorité de leurs armes et de leur tactique. C’étaient des armées permanentes formées de :

- Cavaliers mèdes, qui portaient des pantalons, des cuirasses en écaille de métal recouvertes de tuniques brodées ; leurs têtes étaient protégées par des casques de bronze. Ils étaient armés d’arcs, de car¬quois fixés sur les hanches, pour faciliter le tir rapide, de plusieurs javelots et ils portaient de riches parure

- D’archers à pied, dont les effectifs étaient composés d’Ethiopiens armés d’arcs en bois de palmier, de flèches en bambou dont les pointes étaient faites en pierre, de gourdins et de lances avec des pointes en corne d’antilope. Lors des combats ils se peignaient une moitié du corps en blanc et l’autre moitié en vermillon ;

- Des immortels, nommés les Dix Mille Immortels car leur nombre ne variait jamais. Si l’un d’entre eux venait à mourir il était immédiatement remplacé. L’immortel devait être de pure race perse ou mède, devait assurer la garde du roi en temps de paix et devenait l’élite de l’armée en temps de guerre. Ces hommes étaient uniquement des archers à cheval. Ils étaient armés d’arcs, de lances courtes à pointe de fer et à contrepoids d’argent et de grands poignards ou courtes épées décorées de têtes de lions aux extrêmités des poignées. Ils étaient habillés de cuirasses d’écailles en métal sur lesquelles venaient des tuniques lâches, ornées de nombreuses broderies et de couleurs écarlates, jaunes, bleues ou blanches, de boucliers en osier recouverts de peaux, et des tiaras en étoffe qui couvraient les têtes et se rabattaient sur les visages pour les protéger de la poussière.

Lors de la retraite des dix mille, après la bataille de Cunaxa (401) en Perse près de l’Euphrate, les Grecs regagnèrent la Mer Noire après une terrible traversée de l’Arménie. Cette bataille opposait la roi perse Artaxerxès II (404 - 358) à son frère Cyrus le jeune (424 - 401) qui était à la tête de mercenaires grecs fournis par Sparte et d’asiatiques. Le général athénien Xénophon [11] (v. 430 - v. 355) qui combattait avec les mercenaires fut, après la mort de Cyrus et de tous ses chefs tués dans un guet-apens, élu chef de cette retraite qu’il dirigea, tout en combattant, durant huit mois, sur une distance de deux mille cinq cent kilomètres.

L’emploi de troupes légères armées d’arcs était très important pour les deux armées ; les Perses utilisaient l’arc long et les archers crétois de Xénophon, l’arc court. Dans les passages étroits les Spartiates étaient assaillis continuellement par les Cardouques, tribu des montagnes qui s’approchait et tirait des flèches. C’étaient d’excellents archers ; leurs arcs étaient à peu près de trois coudées et les flèches de deux ; ils les décochaient en avançant le pied gauche tout en ramenant la corde à eux vers le bas. Leurs flèches traversaient les boucliers et les cuirasses.

Les Grecs après avoir franchi le Zapatas virent Nithradatès apparaître avec environ deux cents cavaliers et à peu près quatre cents archers et frondeurs, très lestes et très agiles. Ils s’approchèrent des Grecs et tout à coup les cavaliers et les fan¬tassins lancèrent les flèches et les frondeurs leurs pierres. L’arrière-garde eut à en souffrir sans pouvoir rendre les coups car les archers crétois ne tiraient pas aussi loin que les Perses. Les Grecs ne pouvaient les poursuivre étant donné que les Barbares tuaient ceux qui les poursuivaient en tirant du haut de leurs montures.

Voici ce que dit Xénophon devant ses stratèges, qui lui reprochèrent cet échec : "Une fois la poursuite commencée, ce que vous dites s’est, en effet, réalisé : nous ne pouvions pas faire pour cela plus de mal à nos adversaires, et pour nous replier, ce n’était vraiment pas facile. Il faut donc remercier les dieux que l’ennemi ait attaqué non pas avec des grandes forces mais en petit nombre : de cette façon il ne nous a pas fait grand mal et il nous a montré ce qu’il nous manque. Actuellement ses archers et ses fron¬deurs tirent si loin que nos crétois ne peuvent leur répondre, ni ceux des nôtres qui lancent le javelot,les atteindre. Si, d’autre part, nous les poursuivons, nous ne pouvons pas nous éloigner beaucoup de l’armée ; et dans un court espace, un fantassin,si rapide qu’il soit, ne peut en attrapper un autre, si celui-ci a sur lui l’avance d’une portée d’arc."

Les Perses perdirent Cléodyme, Lacédémonien, le flanc percé d’une flèche qui avait traversé son bouclier et son habit de peau ; Basias, d’Arcadie qui eut la tête percée de part en part.

Pour les Grecs faisant retraite en territoire ennemi, l’approvisionnement en flèches posait un énorme problème. Les archers crétois récupéraient les flèches tirées par l’ennemi et les réutilisaient. Ils se fournissaient en cordes d’arcs lorsqu’ils traversaient les villages ; et les Grecs, quant à eux, ramassaient les flèches de certaines peuplades, tant elles étaient longues, et les réutilisaient comme javelots.

Sous le règne de Mithridate VI Eupator [12] dit le Grand (111 - 63) lors de la bataille de Tigranocerte [13] (69) contre le général romain Licinius Lucullus [14] (106 - 57), le roi d’Arménie Tigrane le Grand [15] (95 - 54) avait dans son armée plus de vingt mille archers et frondeurs, et parmi eux des archers mardes [16] à cheval.

En Grèce, les meilleurs archers mercenaires étaient crétois, perses et scythes.

A Athènes, avant les Guerres Médiques vers le milieu du VIe siècle av. JC, des archers scythes, recrutés par le tyran Pisistrate [17], se battaient comme mercenaires à pied ou à cheval aux côtés des hoplites d’Athènes. Ils servaient de troupes légères avant le combat en décochant leurs flèches à l’abri des boucliers des Hoplites. Lorsque le combat s’enga¬geait avec les phalanges, ils restaient à l’arrière. Après le combat, ils contribuaient à poursuivre et à achever l’ennemi.

Ils portaient de hautes coiffures pointues, sans doute faites de four¬rures ; elles protégeaient la partie postérieure de leur tête, retombaient sur leur nuque et étaient munies de pattes couvrant leurs épaules. Ils étaient vêtus d’anaxyrides qui protégeaient leurs jambes contre le froid, de tuniques qui couvraient entièrement leurs corps, et, quelquefois de courts chitons sans manches passés sur leurs maillots.
Ils étaient armés de l’arc scythique (composite), du gôrytos (carquois) qu’ils portaient à la ceinture du côté gauche, décoré de motifs peints et qui contenait un arc de rechange et des flèches courtes à pointes de bronze ; ils portaient également une hache ou une épée et quelquefois le javelot ou la lance. Ils devaient, pour placer leur corde, mettre leur arc sous leur jambe gauche, courber l’arc de la main droite de sorte à ramener l’extrêmité, où devait être fixée la corde, sur le genou droit et fixer la corde dans son en¬coche à l’aide de la main droite.

A la bataille de Marathon (490), les Grecs n’avaient pas engagé d’archers Scythes contre les Perses ; ils s’occupaient du maintien de l’ordre à Athènes.

En 476, Athènes achète quatre cents archers scythes. En même temps un corps de forces de police d’archers Scythes apparait. Ils étaient appelés toxotai, scytai ou encore spensinioi [18] et étaient générale¬ment de nationalité gète et thrace.

Lors de la bataille de l’Eurymédon [19] (F) (468), les Grecs de la ville de Phasélis refusèrent à Cimon [20] (510 - 450) l’entrée de ses navires dans le port ; il décida donc d’attaquer la ville. Les chiotes [21] de son armée, tentèrent de le calmer tout en informant les habitants de Phasélis de leur démarche et des intentions de Cimon. Ils envoyèrent par dessus les remparts des messages attachés à leurs flèches.

Trois cents archers scythes auraient été achetés en 449 par les Athéniens (G), et plus tard leur nombre fut augmenté de sept cents, ce qui donnait un effectif de mille archers au corps de police d’Athènes. Cet effectif était indispensable vu le nombre de plus en plus important d’étrangers qui fréquentaient Athènes et le Pirée. Ils campaient sous des tentes au milieu de l’Agora, endroit le plus fréquenté d’Athènes et, plus tard, étant donné leur nombre croissant, sur la colline de l’Aéropage. Il n’est pas impossible que l’achat de cette force publique ait été négocié par Périclès.

Dans la tragédie "Héraclès" d’Euripides [22], au cours du débat qui oppose Lycos à Amphitryon sur les avantages et les inconvénients de l’arc, ce dernier se fait l’avocat de cette arme à une époque où les Grecs n’employaient que très peu d’archers, ce qui les mettait en infériorité par rapport aux Perses.

Lycos -"Il (Héraclès) n’a jamais tenu un bouclier à son bras gauche ni affronté une lance ; portant l’arc, l’arme la plus lâche, il était toujours prêt à la fuite. pour un guerrier, l’épreuve de la bravoure n’est pas le tir à l’arc ; elle consiste à rester à son poste, et à voir, sans baisser ni détourner le regard accourir devant soi tout un champ de lances dressées, toujours ferme à son rang."

Amphitryon - "Quant à l’équipement de l’archer cette ingénieuse in¬vention que tu dénigres, écoute ma réponse et instruis-toi. L’hoplite est l’esclave de son armure, et s’il a dans son rang des compagnons sans bravoure il succombe, victime de la lâcheté de ses voisins. Sa lance se brise-t-elle, il ne peut écarter la mort, car il n’a que cette seule défense. Au contraire, celui dont le bras est habile à tirer de l’arc possède cet avantage unique de pouvoir lancer mille flèches pour protéger les autres contre la mort ; se tenant à distance, il repousse les ennemis qui voient des traits aveugles les atteindre sûrement ; il n’expose point son corps à l’adversaire et reste bien à l’abri ; or, c’est l’habileté suprême dans le combat que de faire du mal à l’ennemi, en tenant sa personne en sûreté et sans dépendre du hasard. Telles sont les raisons que j’oppose à ton avis sur cette question ;"

Au début de la guerre du Péloponèse, lorsque les Thébains attaquèrent Platée en 431, se trouvait au Pirée un total de plus de deux mille archers à cheval et à pied.

Lors des préparatifs de l’expédition en Sicile (H) en 415 , Nicias [23] (470 - 421) devant l’assemblée athénienne leur disait :" Elles ont chez elles (Sélinonte et Syracuse) de l’infanterie lourde, des archers, des gens de traits ...Dans ces conditions, je suis d’avis qu’il nous faut emmener, d’abord, une infanterie lourde nombreuse, levée chez nous et chez nos alliés....de plus, des archers et des frondeurs en nombre, afin de tenir tête à la cavalerie adverse."

L’armée athénienne comptait au départ de Corcyre [24] cinq mille cent hommes parmi lesquels quatre cent quatre-vingts archers dont quatre-vingts crétois.

Au IVe siècle av JC l’infanterie légère grecque presque inexistante, emploiera en grand nombre des archers crétois mercenaires et créera des corps d’archers.

En Macédoine, sous le règne d’Alexandre III (336 - 323), durant les guerres contre les Perses sous le règne de Darius III (336 - 330) les archers montés ou à pied étaient composés de Macédoniens, d’Agrianes, de Crétois, de Dahéens, d’Indous et de bien d’autres tribus. Du côté perse, l’archerie montée ou à pied était composée de Scythes, de Parthes, de Dahéens ainsi que d’Indous de la Bactriane et de la Sogdiane. Ils étaient équipés d’un long pagne porté sur le côté gauche, d’une épée large et longue d’environ 112 cm ; et, pendu en bandoulière, du carquois contenant des flèches longues de 1 mètre, et de l’arc en bambou long de un mètre quatre -vingts environ.

Les "parni" d’origine scythe étaient une tribu de Dahes qui conquirent un empire s’étendant de l’Arménie à l’Afghanistan (25O - 130). Au cours des trois siècles qui suivirent, ils s’opposèrent à la domination romaine

Les Parthes étaient à l’origine des archers à cheval, nomades, et l’expansion de leurs territoires les obligea, dans un premier temps, à engager des mercenaires. Une révolte de ces derniers (128) les força à n’enrôler que des citoyens parthes, et ils formèrent leur propre cavalerie composée principalement de contingents légers groupant les serviteurs des nobles et leurs esclaves spécialisés dans le maniement et le tir à l’arc.

La coiffure, le carquois, et les vêtements brodés rappelaient l’origine scythe. Ils étaient équipés de jambières très amples attachées à l’arrière et drapées sur le devant. Ils portaient deux longs poignards ou deux courts glaives fixés sur chacune des cuisses à l’aide d’une courroie.

La technique de combat des archers à cheval parthes consistait à se déployer en ordre dispersé en occupant chacun environ deux mètres de la ligne de front et formant pour chaque groupe un triangle. Lors de l’attaque ils engageaient une flèche sur la corde de leur arc tout en tenant d’autres flèches dans la main gauche. Ils s’avançaient au petit galop jusqu’à une distance d’environ quatre-vingt-dix mètres d’où ils décochaient plusieurs flèches tout en accélérant l’allure. Arrivés à environ quarante-cinq mètres, ils tournaient vers la droite et galopaient en poursuivant leurs tirs. Ensuite, ils faisaient demi-tour et continuaient à décocher des traits en se retournant et disparaissaient dans un nuage de poussière qui gênait les adversaires et les démoralisait.

La bataille de Carrhae (Harran, 53) dans le désert de Syrie , qui opposait les légions romaines, commandées par Licinius Crassus Dives [25] (I) (115 - 53) la cavalerie parthe du roi Orodès Ier (55 -37), commandée par son général Suréna, vit la défaite écrasante des légions romaines et la mort de Crassus et de son fils Publius.

Certains Romains en garnison dans les villes de Mésopotamie qui tentèrent d’en sortir rapportaient des récits inquiétants pour leurs troupes : "On ne peut échapper à ces hommes quand ils poursuivent , ni les prendre quand ils fuient. Leurs flèches ont des ailes et devancent la vue avant d’apercevoir le tireur, on est transpercé. Quant à leurs cavaliers cuirassés, ils ont des armes offensives qui pénètrent tout, et des armes défensives qui ne laissent rien passer."

Crassus fit établir sa base à Carrhae et mena son armée sur Séleucie, la vieille capitale babylonienne, mais il n’alla pas loin, accueilli par une grêle de traits qui tua et blessa bon nombre de soldats. Ils se replièrent sur leur infanterie lourde causant un début de panique et de frayeur lorsque les Romains virent avec quelle force et quelle vigueur les flèches perçaient les armures et tous les obstacles.

Les Parthes, se tenaient à distance et commencèrent à lancer de loin leurs traits de plusieurs directions à la fois, sans viser avec précision car le carré romain était si serré et si épais qu’il leur était impossible de manquer leur but, ils portaient ainsi de violents et rudes coups grâce à la puissance de leurs grands arcs dont la large courbure chassait la flèche avec une force irrésistible. Dès lors la situation devint critique pour les Romains.

S’ils restaient sur place, ils étaient tués ou blessés, et s’ils essayaient d’avancer contres les ennemis ils en étaient empêchés car les Parthes leur échappaient en fuyant, se retournaient subitement et leur décochaient des flèches. C’était une tactique dont les Scythes étaient les maîtres, et dont l’extrême adresse consistait à repousser les adversaires tout en se sauvant, ce qui ôtait à la fuite son caractère honteux.

Les Romains espéraient que les Parthes épuiseraient leurs traits et qu’ils arrêteraient le combat ou qu’ils en viendraient aux mains. Ils s’aperçurent que ces derniers, après avoir tiré leurs flèches, allaient se ravitailler en traits auprès d’un corps de chameliers qui disposait de mille chameaux et de deux cents chariots, et qui était chargé d’amener sans interruptions les projectiles aux combattants.

Crassus qui perdait courage envoya des messagers à son fils avec l’ordre de venir à son secours car il supportait le plus gros des combats. Publius emmena avec mille trois cents cavaliers, cinq cents archers et huit cohortes de soldats munis de longs boucliers. Les Parthes avaient placé leurs cavaliers cuirassés devant, face aux Romains de Publius, et avec le reste de la cavalerie ils avaient provoqué un énorme nuage de poussière de sable en faisant marteler le sol par leurs chevaux. Cette poussière gênait considérablement les Romains dans leur manoeuvre et les empêchait de voir leurs ennemis.

Pris au piège dans un espace réduit ils tombaient les uns sur les autres percés par les flèches et mouraient dans des souffrances et des convulsions horribles ; en chutant ou en essayant de retirer les flèches, ils brisaient la hampe, et les pointes émoussées ou tordues restaient dans leurs plaies.

Publius les exhortait à aller se battre contre les Parthes ; ils lui montraient leurs mains clouées à leurs boucliers ou leurs pieds percés de part en part et fixés au sol, si bien qu’il leur était impossible de se battre ou de fuir.

Les cavaliers parthes de rang inférieur ou serviles chevauchaient sur les flancs de l’armée romaine, la criblaient de traits pendant que la cavalerie cuirassée réduisait son espace. Quelques Romains, pour ne pas périr par les flèches, tentèrent une percée avec une audace inouïe, et périrent sous les blessures meurtrières des lourdes piques des cuirassés qui pouvaient transpercer deux hommes à la fois.

Publius, le bras percé d’une flèche et qui ne pouvait se battre, demanda à son écuyer de le frapper au flanc. Quelques officiers en firent de même, d’autres se tuèrent, d’autres enfin périrent sous les flèches.

Coupé du gros de l’armée romaine, le contingent de Publius fut anéanti ; cinq cents soldats seulement survécurent au massacre, et les Parthes exhibèrent devant Crassus et ses hommes la tête de son fils.

Crassus, qui savait que les Parthes n’avaient pas coutume de se battre la nuit, et qu’il leur était difficile de le faire car il leur fallait la lumière du jour pour viser avec leurs arcs, décida de partir durant la nuit en abandonnant quatre mille blessés à une mort certaine. Il était sur le point de rejoindre l’armée d’Octavius, lorsque les Parthes l’attaquèrent de jour alors qu’il lui restait deux mille mètres environ à parcourir.

Les Romains se réfugièrent sur une colline au pied de Sinnaca ; Octavius qui avait compris le danger qu’encouraient Crassus et ses hommes, vola à son secours avec quelques soldats ; le reste de la troupe qui se reprochait sa lâcheté de ne pas avoir suivi Octavius se précipita à son tour sur les ennemis et les repoussa de la colline. Plaçant Crassus au milieu d’eux, ils le protégèrent de leurs boucliers et crièrent qu’il n’y aurait pas de flèche parthe qui pourrait atteindre leur général tant qu’un seul d’entre eux serait vivant.

Gaius Cassius, officier de Crassus parvint à mettre dix mille Romains à l’abri. Quant à Crassus et à quelques - uns de ses officiers, lors d’une entrevue proposée par Suréna pour négocier l’arrêt des combats ils tombèrent dans un piège et furent tous massacrés. Crassus eut la tête tranchée ; on la présenta à Orodès Ier qui, quelques temps plus tard fit subir le même sort à Suréna. Les pertes romaines, après la bataille furent évaluées à vingt mille tués et dix mille prisonniers.

Aucun changement notoire n’ayant eu lieu dans les batailles antiques où étaient impliqués les archers, il faudra attendre les Moyen-Age pour se rendre compte de l’évolution de leur armement et de leur importance dans les batailles en Europe.

Notes

[1] D’après les représentations de la stèle, se trouvant au Louvre, Naram-Sin roi d’Akkada ,troisième successeur de Sargon l’ancien (XXIVe siècle av JC).

[2] Patrie d’Abraham.

[3] Ref. Gadd, I 2, 601

[4] S’allia aux Hittites après avoir signé un traité (1278 av. JC) de reconnaissance mutuelle de leurs territoires.

[5] Sutekh ou Seth, d’origine de la haute Egypte, il était le dieu du désert, le maître de l’orage, du tonnerre, des nuages, et ennemi de la lumière. Il était vénéré par les pharaons de la XIXème dynastie. Sous Ramsès II, la division militaire de Sutekh était basée à Avaris dans le delta du Nil. (B) Réf. Textes sacrés et textes profanes de l’ancienne Egypte, E. I.

[6] Empire de l’Asie intérieure (Arménie, Syrie, Assyrie), entretint de bonnes relations avec Babylonne et l’Egypte. L’empire fut reconquis par l’Assyrie et englobé dans l’empire hittite après 1355 av. JC. (C) Réf. Nougayrol, p. 119.

[7] Réf. Yadin, p. 252.

[8] Nom dérivé de celui d’un des états mitanniens.

[9] Cyaxare ou Ouvakhshatra, mit fin à l’empire d’Assyrie en détruisant Ninive ( 612 av. JC ).

[10] Darius Ier ou Darios, reconstitua l’unité perse en reconquérant la Babylonie, la Susiane, la Médie. Il soumit la Thrace et la Macédoine, mais fut vaincu par les Grecs à Marathon (490 av. JC).

[11] Réf. Xénophon, l’Anabase ou la Retraite des Dix Mille, t. III-IV

[12] Roi de Pont, il fit de grandes conquêtes en Asie et combattit les Romains. Battu par Pompée, il se fit tuer par un soldat.

[13] Capitale d’Arménie (vers 140-55 av. JC ), alliée de Mithridate VI Eupator.

[14] Dirigea avant Pompée la guerre contre Mithridate puis se rendit célèbre par son luxe ostentatoire.

[15] Conquit la Syrie, la Mésopotamie et une partie de l’Asie Mineure. Il fut réduit par Pompée à l’état de vassalité ( 66 av. JC ).

[16] Les Mardes ou Amardes étaient une peuplade nomade et belliqueuse de l’Asie centrale qui s’était fixée dans les montagnes du sud de la Perse .

[17] Athénien, il avait réussi à usurper l’autorité souveraine. Il fit embellir Athènes et publia les " Rhapsodies Homériques ".

[18] Ce nom viendrait de celui d’un certain Spensinos qui le premier aurait organisé ce corps d’archers de police.

[19] Rivière d’Asie Mineure en Pamphylie.

[20] Fils de Miltiade, le vainqueur de Marathon, stratège athénien, il combattit avec succès les Perses. Il fonda et organisa l’empire maritime athénien.

[21] Habitants de l’île grecque de Chio, en mer Egée. (F) Réf. Plutarque, Vies, t. VII Cimon.

[22] Poète tragique grec né à Salamine (480-406 av. JC). (G) Réf. Thucydide, t. I, 93, 3

[23] Général athénien, se distingua durant la guerre du Péloponèse, négocia la paix avec Sparte en 421 av JC, échoua et périt dans l’expédition de Sicile. (H) Réf. Thucydide, t. VI, 43, 1.

[24] (Corfou) Ile de la mer Ionienne, colonisée par les Corinthiens à la fin du VIIIème siècle av JC.

[25] Fut plus célèbre par son immense richesse que par son action politique.ou militaire. Il fut vainqueur de Spartacus et de ses redoutables armées d’esclaves (72-71 av. JC). Consul, il fit partie avec César et Pompée du premier Triumvirat (70 av. JC) (I) Réf. Plutarque, Vies, t. VII, Crassus.

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  • عالم الجوالات Le 11 avril 2012 à 11:45 , par abodyRashed

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